L'église Saint-Symphorien

Son architecture - Vue d'ensemble

Construite au 15/16e siècle à l’emplacement d’une église du XIIIe siècle, le bâtiment doit son nom à saint Symphorien, martyr à Autun au IIe siècle ; issu d’une famille sénatoriale d’origine grecque, convertie, il refusa de sacrifier à la déesse Cybèle et fut mis à mort.

Le portail, la nef et les bas-côtés, de style gothique flamboyant, ont été édifiés à la fin du XVe siècle. La nef élancée est composée de cinq travées ogivales. Ses piliers délicatement nervurés et sa voute en ogives simples datent de la fin du XVIe siècle. Le choeur et le déambulatoire, bâtis au XVIe siècle aux frais de Pierre de Piles, curé de Treigny, sont de styles renaissance comme le montrent ses éléments corinthiens.

Elle doit son surnom de “cathédrale” (en 1857) à ses dimensions imposantes : longueur : 48,50 mètres ; largeur : 16 mètres ; hauteur sous voûte centrale : 12,10 mètres.

L’église a été consacrée le 28 octobre 1492 par Monseigneur Jean Baillet, évêque d’Auxerre, et dédiée aux martyrs saint Symphorien d’Autun et saint Blaise, tous deux patrons de la paroisse.

Devant l’église, s’étendait autrefois un cimetière sur le parvis.

À l’extérieur de l’église

Le puissant clocher est une haute tour carrée, flanquée par de larges contreforts et d’une tourelle d’escalier. Au dernier niveau se trouve la ‘’baie des cloches’’, réseau de style gothique ‘’flamboyant’’.

Le superbe portail, également de style gothique ‘’flamboyant’, met en valeur un haut mur quasiment aveugle. Sa dynamique verticale est marquée sur trois niveaux : portail en arc surbaissé, très décoré, avec tympan en arc brisé ; deux fins et élégants pinacles en partent et encadrent un décor d’arcatures aveugles surmontées d’arcs en courbes et contre-courbes croisées (‘’dentelle de pierre’’) ; quatre hautes arcades aveugles montent jusqu’au sommet du pignon. Cette verticalité de la façade est soulignée par les deux puissants contreforts qui encadrent le portail et son décor.

Souligner le portail par cette ‘’grammaire architecturale et décorative’’, c’est marquer l’importance majeure du contraste entre ‘’extérieur’’ (le monde et ses dangers) et ‘’intérieur’’ : un espace sacré, préfiguration sur terre du ciel. Passer la porte, c’est passer d’un monde à l’autre…

Des sculptures d’animaux ornent le haut du fronton. La porte de droite (aujourd’hui condamnée) est, selon la légende locale, la “porte des lépreux”, Treigny accueillant jadis une léproserie. Sur le côté droit du parvis, un escalier mène à la “porte de la Forterre”, empruntée par les fidèles des “bonnes terres” du sud-est de la ville. Ils ne se mêlaient pas au peuple des “malterres”, pauvres et argileuses. Les potiers, artisans et journaliers avaient leur propre porte, après la tour des cloches, la “porte de la Puisaye”.

À l’intérieur de l’église

L’édifice a connu deux phases d’aménagement et de décor : les autels au XVIIe siècle ; les décors (décors peints, les tableaux…) aux XIXe et XXe siècles. En cela, l’église de Treigny est tout à fait représentative du ‘’renouveau catholique’’ du XIXe siècle, qui voit la rénovation et le ‘’rééquipement’’ des églises, après la période révolutionnaire… :
• Clôture du choeur et des autels latéraux (premier quart du XIXe siècle )
• Stalles
• Tableaux
• Chemin de croix
• Ornements liturgiques (sacristie)
• Croix de procession bois peint
• Bannières
• Cloche (1805)
• Décor mural chapelle du déambulatoire (seconde moitié du XIXe siècle )

Le portrait de l’abbé Pautrat, curé de Treigny de 1802 à 1845, est une référence et un hommage au ‘’restaurateur’’ de l’église.

Notons la haute nef gothique, aveugle (éclairement indirect, par les bas-côtés), l’élégance des piliers qui montent d’un seul trait jusqu’aux voûtes, sans interruption : absence de chapiteaux, caractéristique de ce gothique final du XVe siècle dit ‘’flamboyant’’ et la fluidité de l’élévation.

Aux voûtes, un élément particulier : à la traditionnelle croisée d’ogives, on a ici ajouté un élément horizontal, dit ‘’lierne’’, qui n’a de but que décoratif et crée un lien horizontal entre toutes les voûtes du long vaisseau de la nef et conduit ainsi le regard vers le chœur.

Reconstruit à la fin du XVIe siècle, le chœur reste de structure gothique mais présente des éléments renaissance, comme les chapiteaux ‘’doriques’’. Le caractère particulièrement sacré du lieu est aussi marqué sur les voûtes par l’adjonction de nervures supplémentaires, les ‘’tiercerons’, qui s’ajoutent aux ogives et aux liernes déjà présents dans la nef.

Un intérieur riche en art sacré

L’église Saint-Symphorien est l’un des derniers monuments typiquement médiévaux de l’actuelle Bourgogne. L’église comporte une ‘’collection’’ d’objets et meubles tour à fait remarquables et d’autant plus précieux. Parmi ces meubles et objets notons particulièrement…

Le maître-autel (1675) est composé de la table d’autel, d’un tabernacle, d’un tableau de la Nativité (XVIIe siècle) et d’une niche au sommet. Ce type ‘’monumental’’ ou ‘’architectural’’ met en valeur le tabernacle (avec présence d’hosties consacrées), d’où la présence de deux anges agenouillés en adoration dans les niches latérales. Le tabernacle représente l’Agneau sur la porte : le Christ sacrifié. Les petites niches latérales abritent deux statuettes en bois peint datant du XVI ou XVIIe siècle. Deux bas-reliefs ornent les côtés de l’ensemble : les martyres de saint Symphorien et de saint Blaise.

Les autels latéraux sont en bois peints, réalisés vers 1640-1650. Le retable de gauche représente la Vierge de Pitié ; le retable de droite la Vierge de l’Assomption (1642) d’après Anton van Dyck.

L’autel actuel est constitué d’un très rare coffre en bois de la seconde moitié du XVe siècle, qui servait probablement de coffre à ornements liturgiques. En façade, de gauche à droite, il représente saint Pierre, la Vierge à l’Enfant et le Christ en Croix, saint Jean-Baptiste et sainte Barbe.

Le ‘’lavabo’’, ou ‘’piscine liturgique’’ présente un décor du péché originel (Adam et Eve autour de l’arbre aux fruits défendus). Il date de la fin XVe-début XVIe siècle.

L’Autel de la Vierge des Sept-Douleurs (seconde moitié du XIXe siècle), montre le cœur transpercé de sept glaives pour illustrer les sept douleurs de la Vierge : la prophétie du vieillard Siméon au Temple (Évangile de Luc), la fuite en Égypte, la perte du jeune Jésus parti débattre avec les Docteurs de la Loi, la montée au Calvaire, la Crucifixion, la descente de Croix, la mise au tombeau.

Les stations du Chemin de Croix (1836)
Le Chemin de Croix est composé de 8 tableaux réalisés par un peintre anonyme, à la demande de l’abbé Pautrat, curé de Treigny. Les toiles ont été fabriquées par des tisserands du village.

Les tableaux des ‘’Docteurs de l’Église’’ (au-dessus de la porte principale)
Les ‘’docteurs’’ représentent les savants, l’autorité religieuse, théologique et spirituelle. La liste a été fixée en 1295. Ils représentent saint Ambroise, saint Augustin, saint Grégoire et saint Jérôme. Cette rare série date du début du XIXe siècle.

Le tableau ‘’La résurrection de Lazare’’ (au-dessus de la porte principale)
Cette oeuvre a été peinte par Joly en 1723. Elle provient de la chapelle de l’ancienne léproserie détruite à la Révolution, puis a été restaurée et mise en place en 2013.

Le tondo La Vierge à l’Enfant
En terre cuite, elle a été fabriquée au XVe siècle par un céramiste italien à la ‘’manière’’ de Della Robbia , célèbre céramiste florentin du 16e siècle.

La statue dite du ’’Christ aux lépreux’’
Cette statue en bois date du XVIIe siècle. Elle provient de l’ancienne léproserie de Treigny. Sculpté dans le chêne, le Christ porte les stigmates de la maladie. Mais l’appellation ‘’Christ aux lépreux’’ relève d’une tradition ‘’locale’’. En réalité, l’absence des doigts ne peut être ‘’symbolique’’; on n’enlève pas les doigts du Christ en Croix. Aucun autre exemple n’existe de cette ‘’figure’’. Ce manque de doigts s’expliquerait davantage par la fragilité de ces parties de la sculpture et la mauvaise conservation de l’objet.

La Croix de procession, un objet rarissime !
En bois peint (premier quart du XIXe siècle), elle est ornée des ‘’arma Christi’’ ou ‘’symboles’’ de la Passion du Christ :
• Coq (reniement de saint Pierre)
• Inscription INRI : Iesus Nazareus Rex Iudeorum (Jésus de Nazareth, roi des Juifs)
• Couronne d’épines
• Calice, coupe de l’agonie au jardin des Oliviers
• Sacré Coeur de Jésus / Sacré Coeur de la Vierge (transpercé d’un glaive)
• Lune – étoiles – soleil
• Trois clous de la crucifixion
• Marteau, pour enfoncer les clous
• Tenaille (pour enlever les clous)
• Échelle de la descente de Croix
• Roseau de la dérision du Christ
• Trente deniers de Judas ; les jetons en bois fixés sur trois lignes (3 x 10) ont disparu
• Colonne de la flagellation du Christ
• De part et d’autre, en diagonale : pique avec l’éponge de vinaigre, lance qui perce le côté du Christ (disparue)

La bannière de procession
En soie brodée, elle date du XIXe siècle. Elle représente saint Symphorien, tenant dans sa main la palme du martyre.